Thomas Lilti nous parle de sa nouvelle série

Thomas Lilti nous parle de sa nouvelle série

Attention, "spoiler" : elle se déroule dans un hôpital de banlieue

Nous avons interrogé le médecin-réalisateur Thomas Lilti sur sa série médicale Hippocrate, qui est tirée de son film éponyme sorti en 2014, et démarre le 26 novembre sur Canal +.

Trois internes sans grande expérience et un médecin légiste doivent gérer seuls un service et ses malades, les médecins titulaires devant rester en quarantaine à la suite d’une mesure sanitaire. Ainsi débute Hippocrate, série médicale de huit épisodes de 52 minutes diffusée à 21h sur Canal + à partir du 26 novembre et dernier opus du médecin-réalisateur Thomas Lilti, qui a accepté de nous en dire un peu plus.

Mais voici d'abord la bande-annonce :



Après Hippocrate le film, Hippocrate la série. Pourquoi être passé du grand au petit écran ?
Le film et la série ont le même but : raconter l’hôpital par le prisme des internes, et l’hôpital comme reflet du monde. Camus disait qu’une société se juge à l’état de ses prisons. Je pense que c’est pareil pour les hôpitaux. Mais dans un film chaque séquence est tournée pour servir le propos général, alors que dans une série on peut davantage se centrer sur les personnages, et j’avais envie de montrer l’engagement et le dévouement des soignants. Leur vulnérabilité, aussi. Tous mes personnages sont faillibles, même Chloé Antovska, l’interne interprétée par Louise Bourgoin. L’image du "médecin super-héros" est à l’opposé de ce que je veux montrer.



Et pourquoi avoir gardé le même titre ?
Parce que la notion de secret médical se trouve au cœur de ma réflexion sur la médecine, et que cette notion se trouve elle-même au cœur du serment d’Hippocrate. Le secret médical a été établi pour protéger le patient, mais il a trop souvent tendance à être utilisé pour protéger le soignant, après une erreur notamment. Or ce secret, qui est comme une chape de plomb à l’hôpital, engendre un sentiment d’impunité qui est encore plus douloureux pour le soignant que le sentiment de culpabilité engendré par l’erreur. Le fait de reconnaître son erreur permet au contraire d’avancer. D’autant qu’un soignant qui ne fait jamais d’erreurs, ça n’existe pas.

Comment votre série se démarque-t-elle des autres séries médicales ?
Je n’ai pas volontairement cherché à me démarquer du genre car aucune série médicale française ne fait aujourd’hui référence. Donc je ne me suis rien interdit. Mais je me suis justement demandé pourquoi les séries médicales françaises ne fonctionnaient pas alors que les séries médicales américaines faisaient un carton. Et à mon avis, cet état de fait est lié à la particularité de notre système de santé : l’hôpital public et ouvert à tous. Du coup j’ai fait de l’hôpital le personnage principal d’Hippocrate, pas une simple arène pour des histoires d’amour et des histoires policières. J’ai plongé le romanesque dans un univers très réaliste et insisté sur la dimension sociale et politique du médical.



Propos recueillis par Camille Hamet
Crédits photos : Denis Manin / 31 Juin Films / Canal+