Les urgentistes se dévoilent sur les réseaux sociaux

Les urgentistes se dévoilent sur les réseaux sociaux

Portraits

Tenus par une jeune médecin et une photojournaliste, le compte Instagram Mots d'urgentistes et la page Facebook éponyme donnent la parole aux urgentistes pour "dévoiler l'humain derrière le professionnel".

Marine et Marie se sont rencontrées à Mayotte il y a un peu plus d'un an. La première est médecin urgentiste, la seconde photojournaliste. Ensemble, elles ont eu l'idée d'utiliser les réseaux sociaux, Instagram et Facebook, pour donner la parole aux professionnels des urgences avec une série de portraits intitulée Mots d'urgentistes.

Sur ces clichés, pas de blouses blanches, ni de décors hospitaliers. Seuls les visages, pris en gros plan, comptent. "On veut dévoiler l'humain qui se cache derrière le professionnel", explique Marine à Jeunes Médecins. "Montrer que les soignants, eux aussi, souffrent des conditions de soin proposées aux urgences."



"Nous ne sommes ni des surhommes capable de tout encaisser, ni des machines sans émotions ni états d'âme", abonde Audrey, infirmière, dans son témoignage. "Alors le soir, parfois, on boit un verre entre collègues pour décompresser et débriefer des journées compliquées. Le constat est le même à chaque fois : trop de patients et trop peu de soignants."



"Au delà des caricatures de cour des miracles, la vie aux urgences, c’est du technique, du management, de la pédagogie, des bières, du stress, de la gestion de flux, de la formation, de la recherche pour les illuminés qui trouvent qu’Excel c’est fun", témoigne pour sa part Maxime, médecin. "Bref pas mal de trucs, mais en premier de l’humain. Et il est là le problème. On n'a pas les moyens d’être humains."



"Nous avons besoin de plus de médecins, d'infirmiers, d'aide-soignants", explique Béatrice, également médecin. "Nous avons besoin que les hôpitaux restent ouverts et gardent leurs lits pour pouvoir hospitaliser nos patients. Nous avons besoin d'alternatives en ville pour désengorger les urgences. Nous avons un besoin urgent de soutien."



"Tous les témoignages que nous recevons me saisissent de manière très émotionnelle", confie Marine, qui a pris l'habitude de les lire à voix haute... Et qui s'est elle-même prêtée à l'exercice : "J'ai 33 ans, je suis médecin urgentiste, j'adore mon métier et je commence à être trop fatiguée pour continuer comme cela", écrivait-elle alors.

Mots d'urgentistes lui permet de se "sentir moins seule" et de trouver "la force de continuer" tout en manifestant son désaccord avec ses conditions de travail. "Comme tous les soignants, j'ai une responsabilité vis à vis de mes patients. Je ne peux pas me mettre en grève. Mais ça ne veut pas dire que j'accepte la situation."

Crédits photos : Mots d'urgentistes