Le remboursement des préservatifs laisse sceptique

Le remboursement des préservatifs laisse sceptique

“C’est une mesure cosmétique et paternaliste”

Pour Etienne Pot, médecin de santé publique et addictologue, le remboursement des préservatifs sur ordonnance n’est pas la bonne réponse à la recrudescence des IST.

À partir du 10 décembre, il sera possible de se faire prescrire par un médecin ou une sage-femme, et donc en partie rembourser par l'Assurance maladie, les préservatifs masculins de la marque Eden, fabriqués par le laboratoire Majorelle. La ministre de la Santé Agnès Buzyn l’a annoncé le 27 novembre au micro de France Inter.

C’est une “mesure importante” qui ajoute “une flèche de plus à notre arc en matière de prévention”, affirme Caroline Izambert, responsable du plaidoyer à l’association de lutte contre le sida Aides. “Mais est-ce que, parce que le préservatif va être remboursé, les gens vont l’utiliser ?” s’interroge Marina Karmochkine, médecin spécialiste du VIH. “J’ai un doute.”



Etienne Pot, médecin de santé publique et addictologue, va encore plus loin. “Cette mesure, si elle a le mérite de remettre un coup de projecteur sur les capotes et leur utilité, est une mesure à la fois cosmétique et paternaliste”, s’indigne-t-il auprès de Jeunes Médecins. “Une mesure de santé publique efficace touche la population la plus large possible et donne un accès maximal aux outils de prévention et de réduction des risques”, rappelle-t-il.
“Or, comment croire que les Français vont massivement aller chez leur médecin pour se faire prescrire des capotes alors même que nous savons parfaitement qu’ils n’ont pas une relation ouverte avec les médecins sur ces questions ?”

Pour Etienne Pot, la seule mesure à prendre face à la recrudescence des IST, c’est le libre accès, c’est-à-dire des préservatifs gratuits et sans ordonnance en pharmacie. “Il n’y a pas trente-six solutions : il faut inonder le pays de capotes gratuites et arrêter de placer le médecin au centre du travail de prévention. Tout le monde est concerné : les professionnels de santé, mais aussi les profs, les animateurs, les travailleurs sociaux…”