Le texte examiné au Sénat le 1er juin, présenté comme une simple modernisation électorale, pourrait livrer les Unions Régionales des Professionnels de Santé (URPS) aux appareils syndicaux nationaux, au détriment des besoins des territoires.
Jeunes Médecins dénonce une manœuvre anti-démocratique majeure.
Qui a réalisé ce braquage et pourquoi ?
Dans les coulisses du Gouvernement, les lobbies de centrales syndicales historiques ont manœuvré pour obtenir un détournement complet de l’esprit des URPS. Jusqu’à présent, le système reposait sur un fonctionnement ascendant : la représentativité nationale émanait directement des élections URPS et donc du terrain.
Aujourd’hui, certains syndicats veulent imposer l’inverse : un fonctionnement descendant, jacobin et autoritaire, sans avoir consulté les premiers intéressés.
Ce mépris des territoires s’est déjà traduit par un premier coup de force : le prélèvement arbitraire d’une partie du budget des URPS au profit des syndicats nationaux, là encore sans demander l’avis des intéressés et avec la complicité du Gouvernement.
D’un côté, les URPS sont des acteurs essentiels de l’offre de soins sur nos territoires. Portées par des médecins locaux, unis, dépassant les étiquettes syndicales pour se confronter aux problématiques territoriales, les URPS portent des projets de santé innovants, renforcent le lien Ville-Hôpital et facilitent la complémentarité entre les professionnels de santé. Tout cela au bénéfice des patients.
De l’autre, des centrales syndicales historiques privilégient le huis clos des organes ministériels, prisonnières de leurs dogmes et déconnectées du terrain.
Un texte malveillant : mettre les URPS sous tutelle des élections syndicales nationales pour réitérer le braquage financier
Concrètement, dans le texte promu par le gouvernement et par certains syndicats, les représentants locaux ne seraient plus élus en fonction de leur engagement territorial ou de leur motivation à porter des projets de santé, mais seraient désignés selon les rapports de force syndicaux nationaux.
Cette logique risque d’affaiblir durablement les dynamiques locales, en particulier dans les territoires déjà fragilisés, d’autant plus qu’ils sont aussi mal couverts syndicalement : déserts médicaux, zones rurales et outre-mer.
A contrario, les URPS jouent souvent un rôle décisif pour maintenir une offre de soins coordonnée, agile et adaptée aux besoins des populations.
La solution : éviter la confusion des rôles et dissocier les scrutins
• un premier scrutin : il doit garantir que chaque territoire dispose de représentants locaux motivés, élus indépendamment du rapport de forces syndical national ;
• un second scrutin, distinct : il doit mesurer la représentativité syndicale à l’échelle nationale et déterminer les organisations habilitées à participer aux négociations conventionnelles.
Tout comme le score à la présidentielle ne détermine pas la composition des conseils régionaux, départementaux, municipaux ou autres assemblées (heureusement !), les membres des URPS ne doivent pas être désignés par les organisations syndicales nationales mais être élus par les médecins des territoires. Les territoires ont besoin de coopération, d’innovation et de liberté d’action, pas d’une centralisation supplémentaire.
Une crise de confiance sans précédent
Cette proposition de loi délétère, commandée par le Gouvernement en accord avec des syndicats historiques qui mènent les négociations avec l’Assurance Maladie, risque d’aggraver encore la crise de confiance entre médecins libéraux et syndicats.
Selon une enquête menée par Jeunes Médecins en mars 2026, les chiffres sont accablants :
• 69,5 % des médecins n’ont pas confiance dans le dialogue social entre Gouvernement et syndicats ;
• Pire, 75,7 % des médecins n’ont pas confiance dans le dialogue entre l’Assurance Maladie et les représentants de la profession.
Jeunes Médecins appelle les sénateurs à rejeter cette centralisation forcée et à préserver l’autonomie de nos territoires.
